LA MAKINA DE FES, UN ESSOR POUR UN LEGS
Le Royaume du Maroc en général et la ville de Fès en particulier, disposent d’un patrimoine urbanistique, artisanal et architectural riche, original et reconnu sur le plan international. Cet héritage, qui constitue une fierté Nationale, sollicite des actions de sauvegarde et de revalorisation autant urgentes que bien réfléchies. Derrière le lacis de ses ruelles, Fès conserve des témoignages importants de l’esprit humain. Connaître le tissu historique de Fès, ses spécificités, ses particularités et ses problématiques, c’est aussi et surtout découvrir la réalité d’une population pauvre qui requière, au même titre que son cadre de vie, si non plus, une attention particulière visant un développement humain, social et économique à effets durables.
Depuis son inscription sur la liste du patrimoine mondial en 1981 par l’UNESCO, la Médina de Fès a fait l’objet d’un ensemble de programmes qui ont été réalisés selon une approche intégrée basée sur une stratégie de développement durable. Des efforts louables ont été déployés, mobilisant les moyens aussi bien du Gouvernement et des collectivités locales que du mécénat national et international. Cette convergence d’efforts a été confortée par plusieurs instances internationales tels que l’Unesco, la Banque Mondiale, le FADES etc.
Dans ce sillon, la Médina de Fès franchit une nouvelle étape à travers le projet baptisé « Artisanat-Fès Médina » financé par le Millénium Challenge Corporation et le Gouvernement Marocain, dans le cadre d’un programme National touchant cinq secteurs à fort potentiel de développement à savoir l’arboriculture fruitière, la pêche artisanale, l’Artisanat et la Médina de Fès, les services financiers (micro crédit) et le soutien à l’entreprise. L’objectif est bien de lutter contre la pauvreté à travers la croissance économique avec le souci d’allier le développement de l’espace à la croissance économique et à l’épanouissement humain, social et culturel. Des actions transversales touchant des aspects environnementaux et sociaux, l’alphabétisation fonctionnelle et la formation professionnelle tenant compte de l’approche genre, soutiennent ce programme. Un établissement, intitulé l’Agence de Partenariat pour le Progrès (APP), a été mis en place spécialement pour la mise en œuvre. Cet établissement est épaulé par des entités d’exécution pour chaque projet.
Artisanat-Fès Médina, une convergence artisanat-patrimoine.
Le projet Artisanat-Fès Médina est exécuté en s’appuyant sur un partenariat associant l’autorité territoriale, les collectivités locales de la ville de Fès, le secrétariat d’Etat chargé de l’Artisanat et de l’ADER-Fès, agence chargée de la sauvegarde et de réhabilitation de la Médina de Fès.
La jonction entre le spatial, le social, l’économique et le culturel n’a jamais été aussi saillant comme c’est le cas dans le projet de «Artisanat Fès Médina » (AFM). Ce projet intégré, combine entre les aspects spatiaux, sociaux, économiques et culturels, qui constituent aussi bien les raisons de son enclenchement que des conditions pour sa réussite.
Ce projet, à vision globale, et qui exigent des démarches participatives, partagées et des solutions innovantes et contractualisées, rallient l’utilité de la lutte contre la pauvreté, la préservation de l’environnement et la dynamisation de la croissance économique, à la valorisation des richesses de l’artisanat et à la sauvegarde du patrimoine urbain et architectural de la ville de Fès. Il Concerne sept sites différents et complémentaires, à savoir la réhabilitation de la Makina, la Place Lalla Ydouna et les Fondouks traditionnels de Staouniyine, Chémaiine, Sbitriyine et Berka ainsi que la construction d’un nouveau fondouk à Ain Nokbi et l’aménagement de ses abords.
La Makina, un concours pour un patrimoine
La Makina est l’un des plus prestigieux sites de la Médina de Fès. D’une dizaine d’hectares, il représente une phase importante de l’histoire urbaine de la ville durant la période allant du 14ème siècle jusqu’à la fin du 19ème siècle.
Situé à proximité du Palais Royal Mérinide, la première fonction de ce site a été militaire. Par la suite, ce terrain a connu l’édification d’une muraille monumentale surélevée d’un aqueduc relevant, à l’aide d’une noria, les eaux de l’oued de Fès.
A la fin du 19ème siècle, le Sultan Hassan premier, dans un élan de modernisation et d’ouverture, fit édifier, avec l’aide de Maalems Marocains encadrés par les italiens, une fabrique d’armes et de munitions dénommée : la Makina.
Cet édifice symbolise une splendeur architecturale unique en son genre par la perspective de ses piliers et arcades qui se déploient sur environ 10 000 m2 couverts. Le bâtiment de la Makina, devenue plus tard un atelier de tapis, se trouve actuellement dans un état de dégradation avancée.
L’espace d’accès, connu par Bab El Makina, qui est en fait une grande cour ouverte entre deux portes traditionnelles est un Grand Méchouar. Il est surtout célèbre par l’accueil en mois de juin de chaque année, du Festival de Fès des Musiques Sacrées du Monde.
Dans le cadre du projet Artisanat-Fès Médina, une étude préliminaire a été effectuée pour définir les utilisations possibles de la Makina. L’étude finale de faisabilité et le « business plan », résultant de cette activité, constituent les éléments de base pour le projet futur du site qui se fera selon les procédures d’un Concours International d’Architecture.
Ce concours qui s’inscrit dans le cadre de la mise en œuvre du projet Artisanat-Fès Médina, se veut de répondre à la volonté de faire de ce site un espace de rayonnement de l’artisanat, des arts, des métiers et de la culture dans un esprit d’échanges et de dialogue. L’objectif recherché est l’élaboration de la meilleure solution d’un point de vue urbain, architectural et technique pour la réhabilitation du site Makina et son intégration par rapport à son environnement urbain.
Il s’agit d’un concours de projet ouvert aux équipes multidisciplinaires dirigées par des architectes. Il se déroulera en deux phases :
· La première phase devrait permettre la sélection d’une « short-List » d’architectes, accompagnés de bureaux d’études techniques, à travers leurs propositions d’avants projets ;
· La deuxième phase se déroulera sous forme d’une compétition entre les concurrents sélectionnés dans la première phase et permettra l’attribution des prix et la désignation du lauréat du concours.
Le déroulement des activités du concours est prévu entre janvier et septembre de l’année 2010. Les concurrents seront invités à présenter des offres pour les deux sites ou l’un des deux de façon séparée et indépendante.
Le projet consiste en la restauration et à la sauvegarde du bâtiment existant et ce, en tant que monument historique, avec la consolidation de sa structure tout en étudiant les possibilités de réaliser de nouveaux bâtiments, de préférence en structures légères, sur le terrain vague encore libre dans le site de la Makina. Aussi, le projet devrait préconiser les meilleurs propositions à même d’assurer l’intégration de la Makina dans le contexte de la ville à travers la recherche de solutions globales à son accessibilité et aux problèmes liés la circulation et au stationnement.
Une fois réhabilité et réaménagé, le site de la Makina comprendra des activités diverses relatives à l'artisanat, aux arts et aux services de shoping et loisirs et de récréation. Compte tenu des résultats de l’étude de marché et de définition des fonctions, notamment le scénario retenu par le comité de pilotage du projet, le programme du projet devrait mettre en valeurs les un certain nombre de composantes, dont principalement :
· les jardins inclus dans le périmètre du site et attenants au Palais Royal, avec la possibilité de couvrir, totalement ou partiellement, le Grand Mechouar avec une structure légère, en y intégrant des services touristiques, récréatifs et de loisirs, tels que les restaurants, les cafés, espace de jeux...;
· le système des eaux de la Médina et notamment le passage de l’Oued Fès qui traverse l’ensemble de l’aire de la Makina ;
· la couverture de l’ancienne usine à travers sa consolidation et sa réutilisation, en vue de permettre à cet espace de créer un lieu pour :
o les rencontres, la formation et le suivi social des artisans ;
o la recherche liée à l’artisanat et aux différents arts ;
o l’organisation d’événements et les festivités ;
o éventuellement de nouvelles boutiques ;
o l’aménagement de lieux d’expositions des produits artisanaux, artistiques…
Le projet est appelé, par ailleurs, a prendre en compte plusieurs aspects liés aux caractéristiques spécifiques du site de la Makina, ses composantes, sa situation et son environnement, dont principalement, sa position de charnière entre le Palais Royal, Fès Jdid, Fès Bali, le Jardin Jnan Sbil et la Place Boujloud, d’une part, et les contraintes réglementaires et l’exigence d’assurer le maximum de durabilité d’un point de vue environnementale et sociale, en analysant toute opportunité offerte pour utiliser les énergies renouvelables, d’autre part.
Face à ce legs, autant le défi est élevé autant l’enthousiasme est de mise pour réussir l’essor de ce grand projet qui, une fois concrétisé, confortera, sans aucune doute, la consécration de la ville impériale de Fès en tant que Patrimoine Universel.
Hassan Siraj
Chef de Projet la Makina












